Le désir sexuel quand apparait le désir d’enfant.

La question soulevée dans cet article est de savoir si la sexualité des couples se modifie au moment où le désir d’enfant se présente et que l’acte sexuel devient non seulement un acte centré sur le plaisir mais également un acte de procréation.

Ce qui interpelle dans un premier temps, c’est qu’il y a très peu d’article et d’études étudiant la sexualité au cours de cette période de procréation. On retrouve par contre de nombreuses études relatant la sexualité au cours de la grossesse, dans la période du postpartum, de même qu’au sein des couples impliqués dans une Procréation Médicale Assistée.

Pourtant, la relation entre sexualité et procréation faisait déjà parti des questionnements il y a plus de 2000 ans. A l’aube de l’humanité, la sexualité était centrée sur la reproduction. Ce qui n’excluait pas d’autres significations importantes dans les relations sexuelles, puisque les coïts non conceptuels ont été un aspect constant du comportement humain, devenant une caractéristique presque unique du genre homo(1). Hippocrate évoquait déjà la prise en compte du plaisir, notamment féminin, comme indispensable à la procréation. Aristote aussi avançait que l’absence de plaisir de la femme ne mettait pas en péril la conception mais que « lorsque le coït s’accompagne d’une mutuelle jouissance, le passage du sperme masculin s’en trouve facilité ». La médecine médiévale évoque la question de la nécessité d’une émission des deux partenaires et pose dès lors les bases d’un lien entre plaisir et conception, malgré les interdits de l’église chrétienne(2).

En renforçant l’idée selon laquelle le plaisir, y compris féminin est indispensable à la procréation, divers auteurs médiévaux contournent l’interdit de l’amour charnel : au sein du couple marié le plaisir devenant légitime. Car effectivement les médecins de l’époque  présentaient l’absence de plaisir comme une des causes d’union inféconde. C’est donc fréquemment dans une optique de guérison de la stérilité que se développe un discours médical sur le plaisir sexuel(3).

De nombreux sexologues modernes se sont penchés sur la question, basant leur conviction non pas sur des études à grande échelle mais sur les témoignages de leurs patients. Ils  rappellent que la sexualité et le désir d’enfant sont intimement liés. Concevoir un enfant de façon naturelle passe obligatoirement par le sexe. Certains avancent l’hypothèse que lorsque la grossesse survient rapidement, les relations intimes du couple ne sont pas impactées mais que par contre les difficultés sexuelles apparaissent quand la grossesse tarde à venir. Il constate que au sein les couples qui programment les rapports uniquement pendant la période d’ovulation et ne font l’amour que pour avoir un enfant, cela nuit à la libido.

Les considérations éthiques traditionnelles et les anciennes normes des trois principales religions monothéistes ont favorisé la sexualité conceptuelle, limitant l’activité sexuelle aux unions sanctionnées et insistant sur le fait que la portée principale de la sexualité est la procréation(4).

Le désir d’enfant se présente souvent comme une démarche consciente, raisonnable, voire programmée, s’intégrant dans un plan de vie lié aux idéaux sociaux, culturels et familiaux(5).

Certains sexologues vont plus loin en estimant que ce côté « programmation » peut mettre à mal la dimension hédoniste de la sexualité et que le désir d’enfant risque d’annihiler le désir sexuel.

La communication, qu’elle soit verbale, corporelle ou sexuelle, reste selon plusieurs sexologues la clef pour éviter ces problèmes(6).

Peu d’études probantes ont été menées sur les changements de la sexualité lorsque le désir d’enfant se concrétise. Une enquête réalisée sur le site Gyneweb en France, à laquelle ont répondu de façon anonyme neuf cent personnes nous donne toutefois des renseignements précieux pour orienter notre réflexion(7).

Les éventuels changements au cours des rapports sexuels dépendront partiellement de la fréquence moyenne des rapports sexuels avant le désir de grossesse. Dans cette étude on constate par ailleurs que la fréquence moyenne des rapports sexuels à l’arrêt de la contraception augmente. On notera également qu’un tiers de la population ayant participé à cette enquête est convaincue de l’influence des positions amoureuses sur la fertilité alors qu’aucune étude n’étaye cette thèse. Surveiller le cycle d’ovulation, programmer les rapports uniquement pendant la période d’ovulation sont des comportements qui pourraient nuire à la libido. Dans une routine de rapports programmés, l’homme pourrait par ailleurs se sentir « utilisé » étant donné que les relations sexuelles ont lieu uniquement pendant l’ovulation.

Les études qualitatives ou quantitatives étant quasi inexistantes, il serait  de toute façon intéressant de mener de telles études dans les prochaines années afin de mieux cerner cette importante problématique.  

Prof Marco Schetgen 
Enseignant en médecine générale 
Ancien Doyen de la faculté de médecine ULB (Belgique)

BIBLIOGRAPHIE

  1. Social and ethical determinants of human sexuality : 1. The need to reproduce G.Benagiano S CarraraV Filippi              Minerva Ginecol 2010 Aug;62(4):349-59.
  2. Revue Questes « Réveiller la Vénus endormie » : le plaisir sexuel et ses limites dans le discours médical de la première moitié du xve siècle p 51-58 Estela Bonnaffoux
  3. Michel Savonarole, Practica Maior, [1479], VI, 21, 23 De Ingeniis et aliis ad impregnationem facien (…)
  4. Histoires de sexe et désir d’enfants, pages 35 à 45 – Pierre Jouannet et Véronique Nahoum-Grappe Editions le Pommier-Cité
  5. Du désir d’enfant à la réalisation de l’enfantement : Perspectives psychodynamiques du vécu normal autour du désir d’enfant et de la grossesseAmal Abdel-BakiMarie-Josée Poulin– Psychothérapies 2004/1 (Vol. 24), pg 3 à 9 
  6. Comment concilier désir d’enfant et désir sexuel ? Newslettre Le Sept -17/06/2017- Daphnée Leport.
  7. N Engl J Med 1995 Dec 7;333(23):1517-21. Timing of sexual intercourse in relation to ovulation. Effects on the probability of conception, survival of the pregnancy, and sex of the baby.,  A J Wilcox 1C R WeinbergD D Baird

 

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